Je ne pouvais m’empêcher de partager sur cette page ma passion pour un artiste connu et reconnu mais qui reste, à mon sens, incompris par son public. Ce grand monsieur de la chanson, c’est Khaled. Un nom aujourd’hui rattaché à une musique populaire maghrébine, le raï. Je pense ne rien apprendre aux lecteurs de ce blog, qui me semble t il – corrigez moi si je me trompe – ont un jour ou l’autre dansé sur les rythmes de cette musique et chanté ses titres phares. Mon intention n’étant pas de ressasser ce que tout le monde sait déjà, à savoir la bio du chanteur ou les valeurs véhiculées par cette expression, mais plutôt de partager avec vous les raisons de mon amour aux deux ainsi que de faire ou refaire découvrir l’artiste.
Une musique de société…
J’ai découvert les chansons de Khaled je ne sais exactement quand ! Très jeune, c’est chose sure. Sa musique est omniprésente au sein de la jeunesse marocaine. Le raï du crooner oranais s’entend partout et à diverses occasions. Des apprentis chanteurs de quartier qui s’essayent à quelques accords de Rouhi Wahrane repris par leurs camarades jusqu’aux cérémonies les plus officielles que sont les mariages, en passant par les cabarets les plus kitsch et les sentiers des Joutiyates casablancaises. Elle accompagne toutes sortes de circonstances et traduit des réalités vraies et rarement, dans nos autres formes d’expressions culturelles, autant vécu. Dans les salles de billards loufoques et enfumés, premiers centres culturels des villes marocaines, les basses de Oran Marseille transporte dans l’imaginaire d’un exil non encore connu mais fortement voulu. Dans l’intimité, Bakhta où l’histoire d’amour arabe conté par un contemporain avec des moyens d’expression compris et soufferts par tous. Une forme nouvelle de celle qu’a put prendre la fameuse poésie arabe et qui raconte l’amour entre deux êtres dans la complexité de notre société. Dans les bars « où les soulards, très tard le soir, se filent au rasoir », Datni Sakra Datni -extraordinaire ballade soit dit en passant - sonne comme un hymne interdit à une population, ravagée autant qu’ailleurs par un alcoolisme notoire, qui fuit les problèmes et se saoule de ce raï. Et puis il y a cette musique de fête, celle des cabarets, qui envoûtent et qui fait tanguer les hommes sous l’effet encore une fois de la boisson chéri… Mais la musique raï de Khaled n’est pas que tristesse et bassesse. C’est aussi joie et fête. Didi à qui l’on reproche le succès mais qui fait toujours autant dansé, le Billie Jean de nos célébrations populaires ! trig Lycee, tube inoubliable, qui avec ses airs joyeux et ses notes de kanoun revisité fait succomber à la nostalgie de jours heureux et colorés. Et j’en passe. Chaque titre du King of Raï colle à un quotidien.
Pour beaucoup, Khaled n’est plus ce qu’il était. S’il garde toute son aura auprès des jeunes d’aujourd’hui, on pourrait croire que sa musique vieillit mal. Mais il en est rien. Si le personnage a pris de l’âge, sa musique et sa voix se sont également transformées. Un courant qui coule et qui change sans ne jamais trop stagner… On peut délimiter trois grandes périodes dans la carrière Khaled qui traduisent son évolution artistique mais très certainement aussi, personnelle.
Le Cheb, virtuose de sa génération
Hadj Brahim Khaled – son vrai nom – débute dans un petit orchestre à l’âge de 11 ans en tant qu’ accordéoniste et chanteur dans le groupe les Etoiles d’Oran. A 14 ans, il est admis à un concours de la télévision algérienne. Sorte de « graine de star » algérien. La petite histoire veut que le petit Khaled se présente devant les locaux de la télévision à Alger et y soit arrêter par un merda. Celui-ci demande au gosse de Sid El Houari – banlieue d’Oran dont il est originaire- ce qu’il est venu faire et lui réclame de chanter pour voir. A peine eut il émit les deux premières notes, le merda, estomaqué, lui montre le chemin en lui assurant qu’il gagnera !! Il gagne cela va sans dire. A 16 ans, premier tube. Trig Elycée. Le Maghreb est sous le charme. Le digne successeur des Blaoui El Houari, Zahwaniya, Ahmed Wahbi et les autres légendes du rai algérien est enfin né. Deuxième acte, le premier festival du raï à Alger le consacre Cheb, titre honorifique décerner au vainqueur du premier prix de chant dudit festival. L’événement est une totale réussite pour Khaled qui conquit ce jour là définitivement le public algérien. Il s’ensuit l’enregistrement de dizaines de cassettes dont les premiers fans fredonnent encore aujourd’hui les mélodies. Male Hbibti Ma Jatch. Moule el Kare. Shab El Baroud. Yamina. Et beaucoup d’autres. Bien sur, Khaled fait chanter sa magnifique voix, mais il agrémente aussi sa musique d’instrument qui font alors éruption dans le raï : synthétiseur, guitare électrique, batterie, violon et instruments à vent très jazz viennent compléter les percussions, l’accordéon et le 3oud traditionnels. C’est la naissance de ce qui va être un phénomène.
Khaled Jazzy…
Le 1er janvier 1986, un certain Martin Dussonier, alors à Skyrock, fait venir la star montante à Paris pour lui offrir des studios à la hauteur de ces ambitions mais surtout pour le faire éclore au grand jour. Les festivals de Bobigny et la Villette la même année, premiers grands événements dédiés à la musique maghrébine en France, s’en chargeront. Au coté de Mami, Hasni, l’Orchestre Philarmonique de Barbès… il éblouit. Son sourire scotché au lèvre, au point de faire trop, sa voix mélodieuse, puissante et ses rythmes envoûtants font un ravage auprès de la jeunesse beur. Les succès s’enchaînent dès lors. Didi, succès planétaire que l’on ne présente plus. Wahrane l’hommage à sa ville natale. Sbabi, l’hommage à la boisson indissociable de cette musique. Sa coopération avec des arrangeurs et compositeurs (Jean Jacques Goldman, Idir, Don Was, Philippe Eidel…) de renom enrichissent considérablement sa musique, en la mondialisant. De la rythmique hip hop de Didi, aux mélodies indoues (El Harba Wine) en passant par les premières titres en français (Aicha, Le jour viendra), le surprenant reggæ auquel le rai se marie à merveille (Ragda, Ouelli Ldark) et l’introduction naturel du rap (Mauvais sang)… Sa musique est riche, iconoclaste et traditionnelle à la fois. Il se permet des mélangesqui donnent des résultats époustouflant comme pour Ne m’en voulez pas et sa basse ou Gololha Twli et ses rythmes salsa. Tout ce que Khaled produit est un succès. Cette période est aussi la confirmation de son talent incontestable pour la scène. La multiplication de ses concerts de part le monde nous fait découvrir un véritable chauffeur de salle, un artiste qui sait donner et qui laisse la sincère impression de prendre du plaisir avec son public. Cette ère sera ponctuée d’un concert mythique, au Palais des Sports de Bercy, 1,2,3 Soleil, événement qui marquera le vrai début de la reconnaissance de la culture maghrébine en France. Il y présente une musique raï lyrique accompagné des meilleurs musiciens venus des quatre coins du monde. Sahra et Abdel Kader sont à présent les hymnes de toute une génération. Cette fulgurante ascension lui vaut de nombreuses récompenses : César de meilleur musique écrite pour un film pour 100% arabica, petite perle dans la France du début des années 90, victoire la musique du meilleur interprète francophone en 1995 pour Aicha, Grammy awards, Disque D’Or, Award du musicien africain le plus vendu pour Didi… Le raï devient une véritable arme de communication et Khaled acquière peu à peu le titre d’ambassadeur de cette culture a travers le monde.
Khaled, le crooner oranais
Depuis 2000, Khaled confirme et assoit son succès. Il se fait plus sage, car plus vieux. Si pour certain sa voix a perdu de sa force d’antan, elle est plus rassurante, plus mielleuse et plus maîtrisée. L’algérien poursuit ses expériences musicales notamment grâce à des duos avec les plus grands : Santana pour Love to the people, Compay Segundo avec Saluda a Compay, Amr Diab sur Qalbi, Maurice Médioni sur la sublime Mani Hani, Blawi el Houari en reprenant Lhmam et beaucoup d’autres. Il tente l’expérience du chaâbi algérien avec succès sur son album Ya rayi sortit en 2005.Et des nouvelles couleurs, une pincée de gnawa, un zeste de violons égyptiens dans la pure tradition orientale et un peu de rythme des îles sur Zine Zina… Khaled est maintenant bien entouré, un groupe expérimenté qui offre au public des petites merveilles pour le bonheur des fans. Et puis enfin, un dernier album sortit il y a tout juste deux mois et qui se réapproprie les standards de la music raï en revenant aux sources du mouvement : mélodie simple, paroles provocantes, instrument classique… Khaled montre qu’il n’oublie pas d’où sa music vient, celle des mariages et des cabarets, celle qui célèbre et celle qui souffre, revisitant par la même quelques un de ses classique comme Hada Raykoum. Bien sur, on lui reprochera quelques sorties commerciales sans âme (duo avec Melissa, Magic System…), mais après tout il peut se le permettre, son talent n’est plus à démontrer.
Que l’on veuille ou non, Khaled est un monument, une légende vivante de la culture et musique maghrébine. Il a accompagne depuis plus de 30 ans les jeunes et les moins jeunes dans leur désir d’expression, celui inégalé, de part sa popularité, du raï. Musique de rue, musique infâme, mais notre musique, celle que l’on peut revendiquer fièrement. Celle qui jusqu’au bout du monde, nous appartient. Bien sur, d’autres grands ont façonné l’histoire de cette musique et comment ne pas évoquer le romantique Hasni ou le prince Mami ? Mais Khaled est pour toujours le King of Raï. Titre mérité et qu’il honore.
Enfin, je ne peux m’empêcher de penser à un autre King. Celui de la pop cette fois ci. Maltraité depuis des années par tous pour des comportements dont seuls les légendes peuvent en être excusées, il est aujourd’hui pleuré au quatre coins de la planète. Nous avons notre King aussi, et beaucoup ne retienne que la face privée, complexe d’un homme d’exception. Alors Merci et salut l’Artiste.
Un excellent site par le fan club de Khaled pour tous ceux qui veulent en savoir plus: www.khaledfanclub.com
Et un très beau documentaire aussi avec des concerts inédits: Documentaire Khaled
Pour Lucky Luck… Maardi…

3 Responses
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Cet artiste auto-didacte souffre depuis maintenant 17 ans de cette “épée de Damocles” suspendue au dessu de sa tête par des fatwistes qui ont juré sa mort… Twist again Khaled ! Je sens qu’il nous réserve une de ces surprises, en hommage à l’autre King… made by Khaled !
Datni Sekra Datni est un bijou de mélodie et son interprétation de Bakhta est un hommage au patrimoine musical d’antan. Lilah ya Jazayer est un morceau d’anthologie. Merci pour ce billet.
Enorme ce billet ! Cheb khaleed ces ziks von jamais mourir ! W daaatni SEKRA datnii